Prison = Censure

 

            La censure, cela existe en prison, et surtout quand il s’agit de parler de la prison. Un de mes correspondants m’a envoyé les articles parus dans les quotidiens et hebdomadaires français lors de la sortie du livre de Madame Corinne VASSEUR, médecin-chef de la prison de La Santé. Et, surprise : tous ont été saisis et mis à la « fouille ». La « fouille », c’est toutes les affaires personnelles que l’on n’a pas le droit de posséder en cellule. Il est vrai que, si je lis ces articles, je serai peut-être en mesure de mieux me défendre : en plus des textes sur la prison, il y a des articles rendant compte des condamnations de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. Je ne suis donc plus un citoyen informé : la censure pénitentiaire de Madame GUIGOU ne me juge pas apte à lire de tels articles. Autrefois, les journaux étaient interdits. Cette interdiction a été levée. Il n’est donc pas illégal de lire en prison « Le Monde », « Libération », « Le Figaro » et « Le Nouvel Observateur » (ce sont des extraits de ces journaux qui ont été censurés). Je peux d’ailleurs me procurer tous ces journaux en prison en « cantinant ». J’en déduis que, pour me tenir informé, je dois acheter tous les journaux et tous les hebdomadaires. L’administration pénitentiaire de Fleury-Mérogis ne veut sans doute pas que je sache ce qui se passe à La Santé. Pourtant, je suis un prévenu, donc en détention provisoire : mon courrier est lu par Madame LEVERT qui est mon juge d’instruction. Cette dernière n’a pas jugé utile de saisir ces documents. Je pense qu’elle est mieux placée pour savoir ce que j’ai le droit de lire. Je me demande ce que quelques photocopies peuvent bien faire pour nuire à la sécurité de l’établissement. Je me demande qu’elle sera la prochaine censure à laquelle je serai soumis. A l’aube du XXIème siècle, il existe bien en France des endroits où la liberté de la presse n’existe pas : les PRISONS.

Gérard BERNARD, prisonnier politique breton.

janvier 2000