Liberté ?
Le mardi 13 juin 2000, au petit matin, la police antiterroriste, dans le cadre de l'enquête sur l'attentat contre le Mac Do de Quévert; a interpellé une dizaine de personnes en Bretagne. Parmi celles-ci se trouvaient, un militant CGT des HLM de Saint-Nazaire et ma compagne, institutrice de Saint-Nazaire et syndiquée à la CGT.
Alors que je me trouvais absent, en déplacement à Cuba, invité par le syndicat de ce pays, des individus appartenant au SRPJ de Nantes et à la DNAT (Direction Nationale Antiterroriste) se sont présentés à notre domicile à 6 heures du matin. Pour entrer dans la maison, ils ont fait voler en éclat la porte. Ensuite, brusquement, ils ont menotté ma femme et ont mis la maison à sac. Pendant la perquisition qui a duré plus de 3 heures, ils ne se sont pas gênés de déchirer du matériel syndical tels que des bulletins, PV de réunions, affiches... montrant ouvertement leur hargne envers la CGT. D'autres documents syndicaux ainsi que le matériel informatique ont été saisis alors que ceux-ci n'ont aucune relation avec l'enquête qu'ils sont supposés mener.
Quant à ma femme, elle a été relâchée, aucune charge ayant été retenue contre elle, après une garde à vue qui a duré une dizaine d'heures, menottes au dos et dans des conditions inadmissibles. Celle-ci lui a valu un arrêt de travail d'une dizaine de jours.
Pour ce qui est du militant des HLM de Saint-Nazaire, celui-ci a été victime d'un grave malaise cardiaque pendant sa garde à vue. Transféré au CHU de Rennes, il a été gardé une nuit en observation avant d'être relâché le lendemain, aucune charge n' ayant été retenue contre lui.
Les médias de Loire-Atlantique (Ouest-France, Radio France Loire Océan) n' ont pas hésité à relayer les informations qui leur ont été transmises par la Police en faisant allusion à ma personne et mes responsabilités syndicales.
La désinformation et l'intimidation à l'encontre de citoyens pacifiques deviennent des méthodes de gouvernement qui cherchent à semer le trouble parmi l'opinion publique. En ce qui nous concerne, cette tactique a échoué et je tiens à remercier la solidarité et confiance manifestées envers nous par de nombreux camarades syndicaux et amis.
Face à ces atteintes aux libertés et à la présomption d'innocence, nous avons porté plainte et saisie la LDH (Ligue des Droits de l'Homme).
Nous sommes déterminés à aller jusqu'à la Cour Européenne des Droits de l'Homme et dénoncer ces méthodes indignes d'un état de droit.
L'union départementale CGT de Loire-Atlantique et le SNSETT-CGT vont intervenir auprès des services de l'État pour exiger la restitution du matériel saisi et dénoncer ces pratiques arbitraires contraires aux libertés publiques et fondamentales.
L'attentat mortel contre le Mac Do de Quévert, tout en étant condamnable, ne peut pas justifier l'existence d'une juridiction ou de procédures d'exception. Les arrestations brutales et détentions arbitraires ne sont pas acceptables. Le respect de la présomption d'innocence est un droit essentiel.
Les agissements de certains policiers, menés soi-disant dans le cadre de la loi, nous rappellent plutôt la noire période de Vichy.
Aucun homme ou femme de progrès ne peut se satisfaire ni de cette justice, ni des institutions qui peuvent couvrir de tels abus de pouvoir.
André FADDA Secrétaire Général de L'Union Syndicale
Multiprofessionnelle CGT du Chantier Naval à St Nazaire
SNSETT-CGT
BIAI (Bulletin d'informations et d'actions des intérimaires - mai/août 2000