Histoire d'une extraction
L'extraction est l'action de sortir un prisonnier de l'intérieur de la prison.
Il y a quelques jours, j'ai été extrait de la prison de Fleury-Mérogis pour aller en entretien avec « mon » juge d'instruction. Le rendez-vous est fixé à 15h.
11 h30 : un surveillant vient me chercher dans ma cellule. Je descends au rez-de-chaussée où je suis enfermé jusqu'à 12h30 dans une cellule, dite d'attente.
Le véhicule qui doit nous conduire au centre d'orientation arrive enfin. Là, première fouille corporelle: il faut se mettre nu et les vêtements sont palpés un à un. Ensuite, direction une petite cellule: 1 m sur 0,50 m. Attente pendant près de deux heures: l'escorte arrive enfin. Deuxième fouille à nu, avec cette fois une petite variante. Je suis à poil, un gendarme me demande alors de m'accroupir et de tousser. Je refuse et je ne me démonte pas. Il me fait une palpation à même la peau. Je suis complètement nu, et ce militaire palpe mes bras, mon dos et derrière mes jambes comme si j'avais des vêtements. Je me rhabille. Menotté dans le dos, je suis remis dans une petite cellule, pas plus grande que celle que je viens de quitter.
L'escorte est composée de deux motards en tête. Dans le fourgon, le chauffeur et un copilote, et deux gendarmes avec fusil à pompe et gilet pare-balles. Derrière, un véhicule de police avec à son bord quatre policiers en gilet pare-balles, avec un fusil à pompe. Le convoi démarre. Pendant tout le parcours, les règles de conduite ne sont pas respectées. Sur l'autoroute, le convoi roule toutes sirènes hurlantes, la circulation est bloquée. En entrant dans Paris, les choses se compliquent: qu'à cela ne tien- ne, on prend les rues à contre-sens, on grille les feux rouges. Nous voici enfin arrivés à la très célèbre souricière. Cellule à nouveau: celle-ci est un peu plus grande, avec des toilettes. Une nouvelle escorte se présente. Nouvelle fouille complète. Je remets mes vêtements et je suis les gendarmes. Je suis menotté, mais pas devant cette fois. Escalier en colimaçon jusqu'au troisième étage. Une fois l'entretien terminé, redescente à la souricière. Attente de l'escorte de retour. Elle arrive: nouvelle fouille à corps, nouvelle palpation à même la peau devant mon nouveau refus de me dégrader. Même gymkhana dans les rues de Paris, même escorte en armes et enfin retour à la maison d'arrêt. Je retrouve la petite cellule. Nouvelle fouille à nu. Le fourgon pénitentiaire nous ramène en division. Après cela, une bonne nuit de sommeil est la bienvenue. Seulement, avec le stress accumulé dans la journée, le sommeil ne vient pas. Commence alors une longue nuit de pensées toutes plus folles les unes que les autres. Voilà la promenade extérieure d'un prisonnier en France.
Gérard Bernard, détenu politique breton, Fleury-Mérogis.
Combat Breton - février/mars 2000