Mitard
Fleury, le 27 janvier 2000
« Je suis au mitard depuis aujourd'hui 16h, les raisons de ma « punition » : j'ai refusé de réintégrer ma cellule à l'issue de la promenade et nous avions collé sur le mur « Tortionnaires » avec les drapeaux français et espagnol. Je suis en préventive, je pense que demain j'aurai mon « jugement ». Très pratique, ce jugement sans défense et sans appel. Bref, je suis au mitard (...). Je viens de recevoir mon rapport, je le retranscris fidèlement:
« Le 27.01.00, à 15h10, alors que vous étiez dans la cour de promenade, vous avez apposé une affiche sur le mur sur laquelle était inscrit: « Tortionnaire ». Vous avez également apposé les drapeaux français et espagnol. De plus, vous avez refusé de réintégrer votre cellule ».
Voilà. Donc, demain, à partir de 9h, je te donnerai le résultat de ce très grave délit de discipline. Il faut que je te décrive un peu mon nouvel univers: (...) à l'intérieur; double grille, chiotte à la turque, lit et table en ciment. De 1986, je suis revenu au XVIIIème : un bac en plastique (pas de lavabos), le tout faisant à tout casser 3m². J'ai refusé de signer le rapport, mais cela n'est pas grave pour eux (...).
Le repas vient d'arriver. Alors, le tout servi dans une bassine en plastique. Au menu: maquereaux, ravioli, fromage frais, le tout bien sûr sans condiment (sel, poivre) et froid ».
Gérard BERNARD est sorti du mitard où il avait été placé pour cinq jours.. pour une action collective avec des prisonniers politiques basques. Au cours de la promenade, ils avaient placé contre un mur un drapeau Français et un drapeau Espagnol avec entre les deux une affichette avec le mot « Tortionnaires ». Notre compatriote a ensuite refusé de réintégrer sa cellule à l'issue de la promenade. Il a donc été placé au « mitard » le jour même avant de passer au « prétoire » le lendemain matin. Le prétoire, c'est un tribunal d'exception, interne à la prison où l'administration est à la fois juge et parti, sans possibilité pour le comparant d'être assisté d'un défenseur. Ses décisions s'appliquent immédiatement et sans appel. Autant dire que tout cela est bien entendu prohibé par la Convention Européenne des Droits de l'Homme, convention signée et ratifiée par la patrie auto-proclamée des Droits de l'Homme.
Combat Breton - février/mars 2000