L'affaire de la disquette

 

Les interrogations de Gaël Roblin

    Le prisonnier politique breton Gaël Roblin, qui se remet peu à peu de quatre semaines de jeûne à la prison de La Santé, à Paris, revient sur l’interview du journaliste parisien d’origine (dit-il) bretonne, Victor Robert, que Breizh Info a publiée il y a quelques mois.

    Rappelons le contexte : c’est sur la foi d’une déclaration de ce journaliste de l’agence Cappa, travaillant pour le « Vrai journal de Karl Zero », sur la chaîne télévisée Canal Plus, que la police anti-terroriste a arrêté Gaël Roblin, Kristian Georgeault et d’autres militants d’Emgann, Roblin lui ayant, selon les affirmations du journaliste, remis lui-même en mains propres la disquette de revendication d’attentats de l’ARB (Pornic). Cette revendication a été évoquée à la suite de la diffusion d’un reportage réalisé par Robert et son équipe en Bretagne. Lors de ce reportage, qui s’est déroulé en deux temps (avant et après l’attentat de Quévert), Victor Robert a interviewé de très nombreux militants bretons, dont certains sous couvert d’anonymat. Il avait à plusieurs reprises rencontré Gaël Roblin, alors porte-parole d’Emgann.

    Placé en garde à vue pour s’expliquer sur la manière dont il avait reçu la disquette de revendication de l’ARB, Victor Robert avait dans un premier temps affirmé l’avoir reçue de façon anonyme dans la boîte aux lettres de son agence, avant de déclarer qu’elle lui avait été remise un matin, dans la rue, à Carhaix, par Gaël Roblin. Pour expliquer ce revirement, Victor Robert, en principe lié par le secret professionnel des journalistes, avait dit à Breizh Info avoir « craqué » devant les menaces des policiers de placer en garde à vue de nombreux collègues de son agence de presse et de le considérer, lui, non pas comme un journaliste ayant fait son métier mais comme un militant. Il s’était ensuite dédouané en affirmant que tout ce qu’il avait pu dire à la police sur ses rencontres et ses interviewes, celle-ci le savait déjà, car il avait été suivi dès le début de ses repérages en Bretagne.

    A la suite de ses déclarations, de très nombreux militants bretons, proches ou non d’Emgann, avaient été placés en garde à vue, et certains inculpés et incarcérés. Sur le moment, dans l’état d’urgence où se trouvait le mouvement breton, « l’incident Victor Robert » n’était pas une priorité pour les militants impliqués. Mais avec le recul, Gaël Roblin, en prison depuis mai 2000, dit « avoir eu du mal à digérer » les affirmations du journaliste.

    « Au niveau de la procédure justifiant mon incarcération », écrit-il à la journaliste qui a réalisé cet interview à l’époque, «  son témoignage est un faux manifeste, plein de contradictions flagrantes. Ce qui ne trouble pas outre mesure le juge d’instruction Thiel. Les arguments du pauvre Victor sur le fait que la police savait tout sont faux. Pas de trace de cela dans le dossier. Et surtout, il me prête une action (la remise de la disquette) que je n’ai pas commise et qui est assumée par un autre prisonnier. Je suis peut-être naïf, mais je croyais que quand un magistrat avait connaissance d’un délit, il devait poursuivre. Faux témoignage, ce n’est pas un délit ? ».

    Ce qui est troublant, par rapport à l’agence de presse qui a réalisé ce reportage si lourd de conséquences en Bretagne, c’est que ses journalistes s’étaient présentés au départ (après le vol des explosifs de Plévin mais, répétons-le, avant l’attentat de Quévert), en affirmant vouloir réaliser un sujet sur le mouvement breton en général, en dehors de toute polémique. Ils s’étaient fait ouvrir des portes par l’intermédiaire d’un journaliste finistérien. Il se présentait comme d’origine bretonne. On lui a prêté ensuite certaines sympathies avec le Parti Socialiste français.

    Il y a quelques mois, une autre équipe de cette même agence s’est présentée de la même manière auprès de militants basques d’Iparralde : « Nous voulons réaliser un sujet sur le mouvement basque, en dehors de toute polémique ». Mais les relations basco-bretonnes font que les mouvements politiques et culturels basques étaient au courant des détails de l’arrestation de Roblin et Georgeault, les journalistes parisiens ont fini par abandonner leur « reportage non polémique ». Hasard ou… sujet à polémique ?

 

Annick Lagadec - 22 novembre 2000


ERRATUM

    Victor Robert et son équipe de Cappa, travaillant pour Canal Plus, avaient commencé leur enquête sur la Bretagne avant et non après le vol des explosifs de Plévin, en fait au mois d'août. Ce qui conforte leur théorie selon laquelle leur reportage n'était pas suscité au départ par les évènements violents que la Bretagne a connus ensuite, mais relevait d'une interrogation sur les racines profondes du mouvement. Ce qu'ils disent est vrai, sur ce point. Pour le reste, rien à changer à l'article publié, qui commence à faire du bruit. En fait, la balle est maintenant dans le camp des protagonistes. Merci et pardon pour cette erreur. 

Annick Lagadec - 23 novembre 2000