Grève de la faim : Paskal Laizé à son tour...
Après Gaël Roblin, qui a fait la grève de la faim à La Santé du 1er au 28 octobre, après Gérard Bernard, qui poursuit, à Fleury-Mérogis, la grève entamée le 1er novembre (en 10 jours, il avait perdu déjà six kilos), Paskal Laizé, également à La Santé, s’apprête à jeûner à partir du 28 novembre.
D’entrée de jeu, Paskal Laizé tient à ce que les choses soient claires : « Ce n’est pas un acte de désespoir de notre part, bien au contraire. Si j’entame cette grève, c’est pour continuer ce que d’autres ont entrepris. » Il est vrai que les formes de lutte possibles aux prisonniers politiques sont restreintes.
Ses revendications demeurent les mêmes que celles des grévistes précédents, les mêmes que celles de tous les prisonniers politiques des minorités de l’Etat français : l’obtention d’un statut de prisonniers politiques ; le retour des prisonniers bretons en Bretagne ; l’annulation des interdictions de communiquer et le regroupement ; le droit de s’exprimer dans leur langue propre ; la libération immédiate des prisonniers malades. D’autres revendications concernent à la fois les prisonniers politiques et les prisonniers sociaux : une douche par jour (dans quel monde vivons-nous pour qu’il soit nécessaire de mener une grève de la faim pour exprimer un besoin aussi élémentaire !), une meilleure hygiène et une meilleure alimentation ; des parloirs doubles (rappelons qu’en maison d’arrêt, les parloirs sont d’une demi-heure ou trois quart d’heure, après un voyage, pour les familles, de 350 km minimum dans chaque sens !) ; l’abolition des quartiers d’isolement.
Dans une longue lettre adressée à Breizh Info, Paskal Laizé analyse les raisons des détentions politiques actuelles : « Toute personne n’entrant pas dans le moule pré-établi par l’Etat français, ses têtes pensantes tenant de la pensée unique, se voit harcelée, ainsi que les siens pour raison d’Etat. Nul n’a le droit, ni la possibilité, de dénoncer ou de s’attaquer à cette sacro-sainte République une, indivisible et moralisatrice. »
« Tout est bon pour casser du Breton pour ces politiciens qui n’ont aucune morale, à part la leur et celle prônée par leurs chiens de garde prêts à bondir sur n’importe qui. Peu importe l’âge : même 79 ans ! Et pourquoi pas dans les maternelles, lorsque l’Etat jacobin se sent sali ou attaqué ?
« Le peuple breton est privé de ses droits les plus élémentaires et les plus légitimes, et par là même de son existence. La conscience bretonne est étouffée depuis des décennies par le processus d’éradication de la langue bretonne, par la culture que la France veut « régionale » pour amuser le touriste, comme une bête de foire qui fait sourire.
« Ils n’ont oublié qu’une chose : tous ceux et celles qui luttent pour le peuple breton et pour notre pays, désireux de se diriger eux-mêmes, sont tenaces. Nous sommes embastillés physiquement, mais ils n’atteindront jamais notre moral. » Même en refusant aux détenus malades – dont Paskal – les soins indispensables à leur état de santé.
« Nous sommes, paraît-il, dans les geôles parisiennes par commodité. Baliverne ! Le but est tout autre : fragiliser le moral des familles et des prisonniers par l’éloignement, les difficultés de transport, les risques d’accident, les problèmes financiers, tout ce qui pénalise les familles qui ne peuvent se déplacer. Double punition pour ceux qui sont déjà privés de liberté. »
S’appuyant sur le sondage CSA sur le désir d’autonomie de la population bretonne, Paskal Laizé y voit la confirmation du « bien fondé de notre lutte, malgré ce que peuvent dire certains élus et politiciens ripoux de l’Etat français. La conscience nationale bretonne n’a pas du tout disparu ! Il nous faut œuvrer, retrousser nos manches. Ceci malgré la chasse aux sorcières menée par ces politiques, leurs sbires et milices, jacobinistes de tout poil, malgré le placement en garde à vue de plus d’une centaine de personnes, militantes ou non, à la suite de l’affaire de Plévin et de la mort d’une jeune Bretonne, que tout le monde qualifie d’injustifiable. Certains ont été jusqu’à s’agenouiller, s’autoflageller, comme pour demander pardon d’être Bretons (…). On peut se demander à qui profite ce qui est arrivé en avril dernier (…) »
« Pour finir, je dirai comme notre camarade Gaël que j’ai choisi d’être de ceux qui luttent pour notre peuple, notre pays, pour défendre l’idée d’une Bretagne libre, réunifiée, socialiste, maîtresse de son avenir, et non dépendante et enchaînée. Amitiés et salutations bretonnes à tous les camarades corses, basques, catalans, occitans, d’outre-mer… à tous les peuples opprimés qui luttent pour leur liberté. Bevet Breizh dizalc’h ha sokialour ».
Annick Lagadec - 18 novembre 2000