Gaël Roblin prend la parole
Interpellé à Nantes et incarcéré à la prison parisienne de La Santé, Gaël Roblin, sans doute l'un des plus médiatique prisonniers politiques bretons s'exprime pour la première fois depuis son arrestation dans une longue lettre adressée à Breizh Info.
"Suite au décès de Laurence Turbec, de nombreux acteurs de la vie politique bretonne se sont exprimés. Et dans le contexte de chasse aux sorcières actuel, des militants de la cause bretonne ont grandement contribué à l'offensive idéologique et judiciaire anti-bretonne que nous connaissons en ce moment.
Le complexe du colonisé, déjà très présent dans les comportements idéologiques de l'Emsav, a atteint des sommets. Il est de bon ton chez les plus modérés d'être comme l'a dit très justement Ronan Ar C'hoadig "nationaliste en privé" et "antinationaliste en public". J'ai moi-même souvenir de propos d'élus UDB qui, au cours de conversations semi-privées, se réjouissaient bruyamment de l'existence de l'ARB. Au même moment leur porte-parole mettait en doute jusqu'à l'existence d'une telle organisation.
Il est de bon ton chez les plus radicaux d'exalter l'esprit de résistance et d'abnégation qui caractérise l'action des clandestins. Il semblerait, vu de La Santé, que certains parmi les seconds aient rejoint les premiers dans leurs reculades idéologiques et dans l'hypocrisie (...).
Je suis actuellement incarcéré car de l'aveu même des policiers de la DNAT, on m'a vu un peu trop souvent à la télé. Mon interpellation a semble-t-il été ordonnée depuis le ministère de l'Intérieur. Après une éprouvante garde à vue, j'ai pu lire la presse et mesurer l'ampleur de l'offensive. J'ai pu ainsi apprendre que M. Guyonvarc'h pensait que la France de l'an 2000 n'était pas l'Espagne de Franco et que rien ne saurait justifier le recours à la violence, certains membres du bureau national d'Emgann sont semble-t-il, sur la même ligne (...).
Au cours des deux années passées, jamais ni l'UDB, ni Emgann n'ont autant été sollicités par les médias... Il faudrait être particulièrement malhonnête pour ne pas reconnaître que c'est suite notamment aux actions de l'ARB, quoi que l'on en pense. La vie politico-médiatique est ainsi faite; et personne n'en a refusé les règles, jusqu'à certains "responsables" culturels qui naguère (il n'y a pas si longtemps) n'hésitaient pas à prendre la parole lors de meetings du PS, et qui ce mois-ci se sont beaucoup exprimés sur l'enquête, suite au mortel attentat de Quévert, en parfait pseudo suppléant de la justice française, alors qu'ils semblent incapables de s'expliquer clairement sur l'avancement de certains dossiers "scolaires".
Dormir chez soi : un délit ?
La Bretagne de l'an 2000 n'est certes pas l'Espagne de Franco; toutefois les beaux parleurs qui crachent désormais dans la soupe feraient bien d'essayer de s'informer sur les éléments "juridiques" ayant conduit à l'incarcération de certains d'entre nous. C'est assez éloquent ! J'ai ainsi eu le tort de dormir chez moi à Saint-Herblain, la nuit où le McDo de Pornic subit un attentat, ou à Rennes le soir de l'attentat de Quévert et de la tentative à La Poste de Rennes... Étant indépendantiste, je suis donc le "coupable idéal".
Combien de militants indépendantistes dormaient dans les agglomérations nantaise et rennaise à ces deux dates ? Nous ne sommes pas dans l'Espagne des sommets de Franco mais juste dans la République de Chevènement. Je suis donc incarcéré pour, entre autre, ce grave délit, celui de dormir chez moi ou chez des camarades.
En tant que militant indépendantiste public, mais contrairement à d'autres, je suis prêt à assumer et payer le prix fort, c'est à dire ma liberté, le fait d'avoir profité médiatiquement et politiquement des actions de l'ARB. Et c'est bien ce que compte faire la "justice" française.
Je refuse par contre le terrorisme idéologique, j'affirme du fond de ma cellule que, effectivement, ce n'est pas dans l'Espagne de Franco que nous vivons; nous sommes Bretons. Et la Bretagne ce n'est pas la France! L'affirmer avec force, c'est risquer sa liberté.
Céder sur ce point, c'est déserter et laisser le terrain à ceux, qui telles de vieilles juments du PS et leurs alliés, nous invitent à entamer un travail de mémoire, alors que l'une des figures de leur parti mangeait avec René Bousquet, a été décoré de la francisque et ordonné l'exécution du militant communiste Fernand Iveton, coupable d'avoir lutter pour l'indépendance de l'Algérie, entre autres.
Breizh Info écrit, fort justement, qu'une trêve de l'ARB (je ne suis pas membre de cette organisation) obligerait les pacifistes de circonstances à gagner. J'invite toutefois l'ARB à assumer ses erreurs, ou tout au moins à s'exprimer.
J'invite également ceux et celles qui osent encore penser et affirmer en public qu'il existe un peuple breton et qu'il est privé de ses droits nationaux et démocratiques à s'asseoir autour d'une table afin de construire les outils nécessaires à notre émancipation. Le plus urgent étant, à mon avis, une plateforme électorale large sur les bases définies par Asambles. Ceux qui prétendent pouvoir se passer de la tribune que leur ont offerte les actions de l'ARB sont condamnés à s'impliquer dans un tel processus, s'ils souhaitent sincèrement offrir une autre alternative, aux jeunes générations de patriotes, que la résistance armée...
Bevet Breizh dizalc'h. Frankiz evit Breizh. Frankiz evit ar brizonidi ! Salutations à tous les prisonniers politiques bretons !
Gaël ROBLIN Prisonnier politique breton
Breizh Info - 14 juin 2000