Le prisonnier politique breton Gaël Roblin a eu - enfin !- accès à son dossier

Ce qui lui inspire les commentaires suivants

 

« ...On y apprend de belles sur Victor Robert (entre autres). Il reconnaît avoir filmé et enregistré à son insu un militant du centre Bretagne, un militant qui est la cheville ouvrière de Gouel Broadel ar Brezhoneg. Il reconnaît s'être servi de cette partie de son reportage pour son sujet pour Canal+... en sélectionnant les propos les plus « durs » de ce militant, en découpant ses dires, en sortant de leur contexte des phrases « chocs », Victor Robert s'est donc servi de ce militant de façon pour le moins déloyale. Si à l'écran, le visage et le nom de ce militant n'apparaissent pas, Victor Robert livre sans gêne, et avec son mépris légendaire pour le respect du secret professionnel, le nom, l'identité de ce militant qui donc, sans être inculpé, se retrouve nommé dans un dossier « antiterroriste ». On connaît les conséquences de ce genre de révélations... 

Dans ce dossier, il y a aussi de nombreux albums photographiques dans lesquels figurent des clichés tirés des cassettes vidéos saisies chez Cappa. J'ai pu y reconnaître tout ce que la Bretagne compte de militants politiques ou culturels, du responsable de maison d'édition en langue bretonne à la permanente du conseil culturel, en passant par l'instit Diwan ou le colleur d'affiches anonyme. Tout ces Bretons qui ont le tort de militer pour leur pays se retrouvent également dans ce dossier. 

Par ailleurs, ce phénomène de criminalisation large va au delà de ce que l'on appelle le mouvement breton. Figurent au dossier des photocopies du mensuel Combat breton de la gauche indépendantiste qui a « osé » publier des articles sur les OGM, Mac Do, et des communiqués de la Confédération paysanne ! 

Comme par hasard le militant du Centre-Bretagne sus-nommé est le signataire d'un de ces articles, sans doute soigneusement sélectionnés par le soins de la DNAT, des RG, et de la section antiterroriste du parquet de Paris parmi les 180 numéros de Combat breton publiés par Emgann depuis 1982 !

Tout cela doit être connu, car au moment où l'on s'interroge (enfin !) sur les pouvoirs incontrôlables des juges antiterroristes, où la gauche française s'émeut (un peu mais pas trop) du fichage ADN des militants paysans suspectés d'avoir participé à la destruction d'un champ de maïs transgénique, il faut bien que tout le monde comprenne que la nécessité de s'investir dans le soutien aux prisonniers politiques bretons dépasse de loin, au niveau des enjeux politiques, leur seul sort. Il s'agit de résister au terrorisme intellectuel d'État, qui jette en pâture aux médias des militants, en criminalisant à travers eux les idées qu'ils défendent et des combats culturels, sociaux et politiques portés par de plus en plus larges secteurs du peuple breton. Là est l'enjeu de la lutte. 

Pour illustrer de façon personnelle cet état de fait, il faut savoir que lors de mon dernier passage en chambre d'accusation, devant l'absence d'éléments matériels à mon encontre, le procureur qui, la fois précédente, avait évoqué mes opinions politiques hors-normes, s'est rabattu sur « l'intime conviction » du juge d'instruction concernant mon appartenance à I'ARB et rien d'autre. Ajoutons à cela les questions « dirigés » ou « orientés » de la DNAT aux témoins entendus, afin de me tailler un costard sur mesure de militant anti-Mac Do, le fait qu'un témoignage m'impute, comme par hasard, la rédaction d'un article anti-Mac Do (ce que je n'ai d'ailleurs jamais fait), et que j'assume mon engagement indépendantiste et anticapitaliste, que je reconnais et assume volontiers d'avoir collaboré à différentes publications bretonnes, que je refuse de me dissocier politiquement de ceux qui auraient pu rejoindre les rangs des volontaires de l'Armée Révolutionnaire Bretonne (ce qui reste d'ailleurs à prouver), que j'ai eu le tort de les soutenir au sein de la Coordination Anti-répressive de Bretagne et de leur écrire en prison, et l'on peut mesurer sur quoi repose une « intime conviction » qui me maintient en détention pour délit d'opinion et connivences idéologiques. 

Pour finir, il apparaît non moins clairement dans le dossier que un ou des fonctionnaires des Renseignements Généraux de Nantes ont, dès le 14 avril, su qu'il s'était passé quelque chose au Mac Do de Pornic... Ceci bien évidemment n'a pas été révélé par la presse par les services de police ou les sources judiciaires qui ont été pourtant si promptes à salir des militants sans l'ombre d'une preuve. Là encore, on peut mesurer la mansuétude (étrange) dont bénéficient certaines personnes dans cette affaire alors qu'ils se sont manifestement rendus coupables d'un délit (non dénonciation de crime) tout comme les gendarmes de Pornic, le personnel et les responsables du Mac Do de Pornic qui n'ont pas eu, eux, le triste privilège de connaître les joies d'une garde à vue antiterroriste. Je ne peux que constater que certaines personnes entendues comme témoins lors de nos arrestations pour avoir partagé nos vies n'ont pas bénéficié d'une telle mansuétude. Il y a bien là la preuve qu'il existe une « justice » pour les braves citoyens et une autre procédure pour les indépendantistes et leurs familles faite pour isoler les prisonniers indépendantistes. » 

Gaël Roblin La Santé, 6-12-200 


L'affaire de la disquette - (Breizh Info - 22/11/2000)